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Intervention de Thierry de SEGONZAC, Président de la FICAM le 20 Septembre 2008, lors de « Le grand débat » au festival de la Fiction TV de La Rochelle

"L’Observatoire économique de la Ficam constate pour les 9 premiers mois de l’année un nouveau ralentissement de la mise en production de fictions TV de prime-time. Après un 1er semestre en recul de 30%, les programmes de 26, 52 et 90 minutes présentent au 3ème trimestre une nouvelle baisse de 14% soit, 158 h contre 183 h en 2007.
De façon plus générale sur neuf mois, la mise en production de PRIME TIME de 52’ et 90’ recule de 15 % soit un passage de 391 h en 2007 à 343 h en 2008 (- 50 heures de productions).
De fortes nuances existent puisque les Industries Techniques observent une mise en production des fictions de France TELEVISION en recule de 24 % par rapport à 2007 :
France 2 : 119 h contre 141 h - 18 %
France 3 : 61 h contre 95 h - 35 %
Ces chiffres ne prennent pas en compte la production de 26’ qui pèse lourdement dans la production de France 2 et France 3, en particulier avec LES CINQ SŒURS ou encore PLUS BELLE LA VIE qui pèse à elle seule 90 heures de programmes en 9 mois.
On observe par ailleurs une augmentation des mises en production de TF1 qui progresse de 38% avec 136 heures de fiction contre 98 heures l’an passé…. Et le retour de Canal + à la fiction prime time avec plus de 10 h déjà mises en fabrication.

"L’access-prime-time" devenu roi, mais...

Enfin, M6 transfert « radicalement » sa production de PRIME TIME vers le format des 26’ « d’access-prime time ou de day-time » et la chaîne recule ainsi de 75 % en fiction de prime, passant de 44 heures en 2007 à seulement une dizaine d’heures en 2008.
Ce recul du Prime time chez les diffuseurs a engendré une décroissance du chiffre d’affaires de l’ensemble de la filière technique de 20 %, ce qui représentera plus de 20 Millions d’euros en « année pleine » de 2008. L’impact pour l’ensemble des techniciens intermittents est évalué à deux fois et demi ce montant.
S’il n’est pas question pour nous d’engager un quelconque procès d’intention, - il ne serait pas non plus intelligent de créer un climat de sinistrose - cette situation génère de grandes inquiétudes.
En tout premier lieu, on peut s’interroger sur le caractère vertueux ou dangereux du glissement de la production de « prime time » vers les programmes « de journée ».
Il serait surtout inexact et grave de croire que la production de programmes de 26’ de « day time ou d’access prime time » peuvent se substituer à la production de fiction lourde. Ces deux genres de programmes n’ont évidemment rien à voir l’un avec l’autre, tant par le mode de fabrication presque industriel des 26’ dont les coûts de production sont cinq fois inférieurs que par leur qualité, leur contenu, leur dimension artistique et culturelle. Ces différences leurs permettent de parfaitement cohabiter dans les grilles de programmes, mais ils ne doivent pas se cannibaliser !
Voici peu de temps, alors que la France produisait 500 ou 600 heures de fiction lourde chaque année, nous observions chez nos voisins européens 3 fois plus de volume horaire de production, essentiellement composé de programmes de journée… ! Ce serait formidable de les rejoindre.
Mais il serait dramatique que ces 1000 heures - de « day time ou d’access prime time » que nous pourrions produire se substituent même partiellement à nos 5 ou 600 heures de fiction lourde. Dramatique pour la création, pour la culture des téléspectateurs… Dramatique aussi pour toute notre économie, sans même évoquer la perte de savoir faire qui en découlerait et dans ce domaine, on peut détruire en quelques mois ce que l’on a mis des décennies à bâtir.
Nous sommes conscients qu’une rupture générationnelle s’est produite dans notre fiction et qu’une remise en cause du genre doit s’effectuer. Mais ne tardons pas car l’installation durable de la fiction américaine produirait des effets irréversibles. Les Industries techniques sont prêtes à vous apporter leur contribution au renouveau du Prime time, à créer si besoin de nouveaux modèles et à relever les nouveaux challenges.

Les nouvelles technologies ne sont pas moins chères

Par ailleurs, nous observons une pose dans la progression du support numérique pour la production de fiction en 2008 qui se stabilise à un peu plus de 50% des programmes de prime time ». Mais je voudrais surtout « tordre le cou » à une idée reçue : Il faut cesser de croire que les nouvelles technologies permettent de produire moins chères ! Elles ont un coût élevé, elles sont très vite obsolètes, elles exigent plus d’attention et de formation … elles permettent plus de choses, Elles offrent plus de liberté à la création et au spectaculaire… Mais elles ne sont pas moins chères… Nous demandons aux producteurs et aux diffuseurs de veiller à ne pas écraser la valeur de la prestation des industries techniques, cette filière sans laquelle l’indépendance de la production n’existerait pas.
Pour terminer, je voudrais m’adresser aux dirigeants de l’audiovisuel public dont l’engagement financier dans la création est, nous le savons, totalement essentiel. Bien sûr, les Industries techniques sont totalement solidaires des producteurs et de tous ceux qui les entourent pour demander aux Pouvoirs publics de garantir durablement les ressources de France télévision.
Mais nous ne comprenons pas comment, à un moment où tout doit être fait pour privilégier le financement des programmes, comment les dirigeants de France télévision peuvent encore envisager d’affecter des dizaines de millions d’euros dans le remplacement ou dans le développement de nouveaux moyens techniques de tournage ou de postproduction.
Ces moyens existent déjà, dans toute la filière technique privée, dans la France entière. Alors pourquoi en acquérir de nouveaux, en s’inscrivant dans une situation concurrentielle inutile…

Quel intérêt à développer les moyens techniques de France Télévision

Qui a donc intérêt à opposer France Télévision aux Industries techniques sur leur marché, à les affaiblir alors que nous devons tous ensemble nous renforcer. Ne pensez vous pas que ces dizaines de millions devraient être prioritairement affectés à la production de création ?
Et si même le redéploiement d’une filière de production interne à France télévision vous semblait une idée recevable, alors comment expliquer que tous les autres diffuseurs privés en France ou dans le monde cherchent absolument à éviter d’intégrer des moyens techniques. Et nous savons bien que l’obligation de service public de moyens techniques, si elle avait un sens il y a 30 ans, n’en a plus aujourd’hui. Alors ne nous appuyons pas sur le passé d’un cahier des charges obsolètes pour le justifier…
Enfin, pourquoi France TELEVISION, en développant à nouveau sa production interne, s’exposerait-elle au risque majeur de faire renaître une « SFP publique » dont la privatisation a demandé 25 années après avoir couté des milliards à l’Etat français ? En tout état de cause, nous savons ce que France TELEVISION doit et peut apporter à la création et à la production de fictions réalisées de façon libre et indépendantes. Mais nous savons surtout, combien vos ressources doivent être protégées pour contribuer au financement des œuvres. Cet arbitrage vous appartient, et nous comptons sur vous pour l’avenir de la création et des Industries audiovisuelles".